
Qui cherche à façonner le monde,
J'y vois , n'y réussira pas.
Le monde, vase spirituel, ne peut être façonné.
Qui le façonne le détruira.
Qui le tient le perdra.Lao-tseu, Tao XXIX
Plus ou Moins Zéro Degré
Plus ou moins Zéro degré plonge le spectateur dans une expérience secrète : celle de créer un être humain, un être vivant, un être social. Dans un curieux laboratoire, des pots de fleurs avec des membres, des suspensions de bras et de têtes, des tas d'organes, des tuyaux, des fils, etc. Au milieu, un corps monstrueux, composé d'une tête, d'une main et d'un pied, semble vivre au cur du froid.
Dans cet espace, où la substance humaine est manipulée de façon apparemment aléatoire, et où l'univers scientifique est laissé volontairement dans des contours très flous ( à la limite de la sorcellerie et de l'illumination ), un homme vient entretenir ces étranges cultures, il prend des pouls, palpe, pose son oreille, écoute, mesure une pousse de pied, prend des notes, suit les instructions de son ordinateur, met en route des programmes.
Des nouvelles fantastiques telles que Les plantes du Docteur Cinderella de Gustav Meyrinck, ou l'oeuvre de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne, en passant par Le meilleur des mondes d'Huxhley et Métropolis de Fritz Lang, le fantasme du clone, du double rejaillit sur notre société assoiffée d'immortalité, rongée par un complexe d'identité.
Le choix d'utiliser des marionnettes-mannequins et des acteurs au service de celles-ci, comme dans notre spectacle Pépé Polak, nous permet de continuer à explorer par parabole anthropomorphique, le corps dans ses excès et ses caricatures, ses tensions, ses étirements, ses réductions, comme matière d'opérations saugrenues, sans limites.
L'univers développé s'inspire largement d'une littérature romantique noire abondante sur le sujet, mais aussi d'une imagerie slave, de l'expressionnisme, et en général, ce qui relate la déconstruction du corps, prémisse de sa déstructuration psychique.
Plus ou Moins Zéro Degré est la température nécessaire à la réalisation de l'expérience scientifique. C'est aussi le seuil psychologique de notre conception du froid. La température est approximative, comme l'expérience pseudo-médicale, qui nous entraîne dans les profondeurs de l'être humain. L'oscillation entre le plus et le moins semble décisive pour le bon déroulement des opérations, comme pour le développement de la nouvelle créature, entre le bon et le mauvais. Derrière la façade austère et rationnelle d'une science assoiffée d'absolu, surgissent les interrogations éthiques autour de notre condition d'être humain. Questions omniprésentes et récurrentes de la place de l'affectif dans ces corps faits de chair dont on connaît les moindres particules, cellules, globules, sans comprendre pourtant ce qui en fait sa cohérence.
C'est sur le doute de la présence affective de la créature que s'articule le spectacle.
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